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mardi 19 janvier 2010

Très vieille et très chère France

entement mais sûrement, le vieillissement de la France s'accentue : selon le bilan démographique de l'Insee publié mardi 19 janvier, la France comptait, en 2008, 5,5 millions de personnes âgées de plus de 75 ans contre seulement 4,3 millions, en l'an 2000.

Au fil des ans, ce vieillissement inéluctable a fini par modifier en profondeur les équilibres entre générations : la part des jeunes de moins de 20 ans ne cesse de baisser – depuis 2000, elle est passée de 25,8 % à 24,7 % –, tandis que celle des plus de 60 ans augmente régulièrement – depuis 2000, elle a grimpé de 20,4 % à 22,6 %.


Cette petite révolution démographique est liée à l'augmentation de l'espérance de vie. Cette année encore, elle a progressé de deux mois : une petite fille née en 2009 peut désormais espérer vivre jusqu'à 84 ans et demi, un petit garçon jusqu'à 77,8 ans. En soixante ans, la longévité aura donc fait un bond spectaculaire : au lendemain de la seconde guerre mondiale, l'espérance de vie atteignait à peine 64 ans pour les hommes, 69 ans pour les femmes…

BOULEVERSEMENT DÉMOGRAPHIQUE

La longévité des hommes est conforme à la moyenne européenne mais celle des femmes figure en revanche dans le peloton de tête du continent. "Leur espérance de vie est supérieure de deux ans à celle des femmes de l'Union européenne à 27 et d'un an à celle des femmes de l'ancienne Union européenne à 15, soulignent Anne Pla et Catherine Beaumel dans l'étude de l'Insee. Seules les Espagnoles ont une espérance de vie supérieure de quelques mois aux Françaises."

A cette étonnante longévité, s'ajoutent les effets du baby-boom. Les générations nombreuses de l'après-guerre, qui partent tout juste à la retraite, commenceront à atteindre le grand âge à la fin des années 2020 : le pic de la dépendance interviendra donc dans les décennies 2030-2050. "Le vieillissement est inéluctable au sens où il est inscrit dans la pyramide des âges actuelle", résumait Isabelle Robert-Bobée dans une étude publiée, en 2006, par l'Insee.

Pour gérer ce bouleversement démographique, le gouvernement n'a guère le choix : il lui faut imaginer un nouveau système de prise en charge de la dépendance. "Elle représente un défi médical, organisationnel, financier et humain colossal, indiquait Nicolas Sarkozy aux partenaires sociaux le 15 janvier. Ce défi, nous devons le relever ensemble. 2010 sera l'année du cinquième risque social."

Xavier Darcos, le ministre du travail, et Nora Berra, la secrétaire d'Etat aux aînés, devraient présenter un projet de loi sur ce thème courant 2010.

Cette réforme exigera un effort financier important : selon la mission d'information du Sénat sur le cinquième risque, les dépenses publiques consacrées à la dépendance atteignaient, en 2008, 19 milliards d'euros, soit 1 point de PIB. "La France se place au niveau du Royaume-Uni et de l'Allemagne, soulignait-elle. Seuls les pays scandinaves consacrent, en Europe, un effort public plus important que la France en la matière."

Selon la mission, ce budget assumé à 60 % par l'assurance-maladie, à 20 % par les collectivités territoriales et à 15 % par la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie devrait augmenter de 50 % à l'horizon 2025.

"ABORDER LA QUESTION TABOUE DU PATRIMOINE DES FAMILLES"

Il faudra donc construire des maisons de retraite, former des personnels médico-sociaux, mais aussi consolider le système de soins à domicile. Grâce aux progrès de la médecine, les personnes âgées restent en effet de plus en plus longtemps chez eux : en dix ans, l'âge moyen d'entrée en institution n'a cessé de reculer, passant de 77,5 à 80 ans. Aujourd'hui, 90 % des octogénaires vivent à domicile, signe qu'ils jouissent encore d'une certaine autonomie.

Comment financer cet effort financier ? Le gouvernement a d'ores et déjà exclu d'ajouter une cinquième branche de la Sécurité sociale aux quatre "risques" qui existent depuis la Libération : la maladie, les accidents du travail, la famille et la vieillesse. Il penche plutôt pour une architecture associant solidarité publique, mobilisation du patrimoine des familles et contribution assurantielle.

Nora Berra, qui lancera, au printemps, des Etats généraux de la dépendance, sait ce dossier sensible. "La solidarité publique continuera à s'exprimer pour ceux qui sont dans le besoin, Mais il faudra également aborder la question taboue du patrimoine des familles et accepter un volet assurantiel qui reposera sur la responsabilité individuelle, même s'il sera réglementé par l'Etat." précise-t-elle.

lundi 21 décembre 2009

Espérance de vie record pour les Françaises

Satisfaction pour les Françaises: leur espérance de vie, 84,4 ans, est non seulement très supérieure à celle des hommes -77,5 ans- mais aussi l'une des plus élevées du monde. Ces données figurent dans l'ouvrage "La santé des femmes en France", présenté vendredi par la ministre de la Santé Roselyne Bachelot.

Coordonné par la Direction de la Recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DRESS), l'ouvrage dresse un état des lieu de la santé des femmes. En dépit de leur longévité, ces dernières se perçoivent toujours en moins bon état de santé et déclarent en moyenne plus de maladies que les hommes. En témoigne leur consommation de médicaments et soins, plus élevée que celle des hommes.

Les maladies cardiovasculaires constituent toujours la première cause de mortalité chez les femmes, avec comme facteurs de risque majeurs, l'hypertension artérielle, les dyslipidémies, le diabète, l'obésité et la sédentarité: deux femmes sur cinq sont en surcharge pondérale et près d'une sur cinq présente une obésité.

Un quart des décès féminins survenus avant 65 ans pourraient être "évités" par une réduction des comportements à risque, tabagisme et alcoolisme, notamment. Le nombre de décès par cancer du poumon a en effet quasiment doublé chez les femmes en l'espace de quinze ans et particulièrement chez celles de moins de 65 ans, en lien direct avec le développement du tabagisme féminin. Par ailleurs, 8% des Françaises déclarent consommer de l'alcool quotidiennement et cette proportion croît avec l'âge (plus d'une femme sur cinq entre 65 et 74 ans).

L'écart d'âge lors de la première relation sexuelle s'est réduit à quelques mois entre les femmes (17,6 ans) et les hommes (17,2 ans) alors qu'il était supérieur à deux ans au milieu de XXe siècle. Le nombre de partenaires au cours de la vie rapporté par les femmes est en hausse (4,4 en 2006 contre 1,8 en 1970).

Si les Françaises occupent une des premières places mondiales en terme de contraception, le recours à l'IVG reste l'un des plus élevés d'Europe (autour de 15 pour mille) un taux à la hausse chez les mineures.

Les Françaises ont leur premier enfant de plus en plus tard: 29,8 ans en 2007 et 21% des naissances concernent des femmes âgées de 35 ans ou plus, contre 15,6% il y a dix ans.

Les femmes sont plus exposées que les hommes à des violences physiques ou sexuelles émanant de personnes qui vivent sous leur propre toit. Elles sont beaucoup plus fréquemment blessées que ceux-ci dans les cas de co-résidence avec leur agresseur (respectivement 18% et 50%). Circonstance aggravante des atteintes subies dans le cadre domestique, le recours à un médecin est moins fréquent qu'en cas d'acte violent subi de la part d'une personne extérieure au ménage, de même que l'hospitalisation (3% contre 12%).

Le risque de vivre un épisode dépressif reste plus élevé pour les femmes si on le compare à celui des hommes à âge, situation conjugale, situation professionnelle et formation identiques. Trois à quatre femmes dépressives sur dix n'ont aucun recours à des soins spécifiques. Enfin, sur 600.000 personnes atteintes de la maladie d'Alzheilmer, 400.000 sont des femmes.

mercredi 1 avril 2009

Limitations dans les soins aux personnes âgées


l a suffi d'une circulaire sur le financement des établissements pour personnes âgées pour mettre le feu aux poudres. "L'Etat agresse les personnes âgées", s'insurge l'Association pour vivre et vieillir ensemble en citoyens (Avvec). "Le gouvernement rationne les soins aux personnes âgées", renchérit la Fédération nationale Avenir et qualité de vie des personnes âgées (FNAQPA), qui rassemble, pour elles, 300 établissements ou services "Il s'agit d'un recul important", affirme la Fédération hospitalière de France.


Tous dénoncent une circulaire qui revoit les conditions de financement des 8 000 établissements pour personnes âgées dépendantes de France. Ce texte crée une norme de financement qui a suscité une levée de boucliers : calculée à partir d'une grille intégrant notamment le nombre de résidents et leur degré de dépendance, elle permettra, pour chaque maison de retraite, de fixer un budget "soins" pris en charge par l'assurance-maladie.

Mais cette équation fonctionnera comme un couperet. Si les budgets des établissements dépassent le tarif plafond, leur progression sera considérablement limitée : leur enveloppe ne pourra augmenter de plus de 0,5 % en 2009, ce qui, selon les acteurs du secteur, reviendra à restreindre les soins. "Il faudra licencier du personnel ou augmenter les tarifs d'hébergement", soupire Claudy Jarry, le président de la Fédération nationale des associations de directeurs d'établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa), qui regroupe 900 établissements.

M. Jarry dirige, dans les Deux-Sèvres, une petite unité accueillant une trentaine de résidents souffrant de la maladie d'Alzheimer. Selon ses calculs, son établissement est au-dessus du tarif plafond. "Et pourtant, nous ne vivons pas dans le luxe ! Nos résidents sont en fauteuils roulants, ils ne peuvent ni manger, ni se laver seuls, et l'équipe ne compte que 27 personnes. Cela représente un ratio d'encadrement de 0,9, inférieur aux préconisations du plan Solidarité grand âge."

Parce qu'il dépasse le tarif plafond fixé par la circulaire, l'établissement dirigé par M. Jarry devra cependant réduire son budget. "Il faudra que je renonce à plus de quatre emplois en équivalent temps plein, s'insurge-t-il. Soit je ne remplace pas des départs à la retraite, et la qualité de vie des résidents en pâtira, soit je garde les personnels en augmentant le tarif d'hébergement, ce qui pèsera lourd sur le budget de nos malades et de leurs familles."

La secrétaire d'Etat chargée de la solidarité, Valérie Létard, admet que cette circulaire pénalisera certains établissements, mais elle revendique cette démarche au nom de la lutte contre les "inégalités". "Une bonne gestion des crédits publics passe par une répartition équitable,C'est pourquoi des efforts modestes sont demandés à environ 7 % des établissements beaucoup mieux dotés que les autres, de façon à concentrer les moyens nouveaux sur les établissements qui ont besoin d'être davantage renforcés en moyens humains." souligne-t-elle.

Si le secteur des personnes âgées vivait dans l'opulence, ce discours aurait sans doute une chance d'être entendu. Mais en France, les établissements pour personnes âgées dépendantes restent mal dotés : le taux d'encadrement des résidents dépasse à peine 0,6, un chiffre inférieur à celui de la plupart des pays du nord de l'Europe. "Depuis 2005, les conditions concrètes de la prise en charge n'ont que peu évolué et les difficultés rencontrées par les personnes âgées et leurs proches restent entières", souligne la Cour des comptes dans son rapport annuel.

Depuis le début des années 2000, et surtout depuis la canicule de 2003, des efforts financiers ont pourtant été accomplis : le taux d'encadrement a progressé de 17 % en huit ans et les crédits médico-sociaux destinés aux personnes âgées ont plus que doublé de 2002 à 2009. Le plan Solidarité grand âge du gouvernement de Dominique de Villepin a même prévu un taux d'encadrement d'un professionnel pour un résident pour les personnes âgées les plus dépendantes.

Pour beaucoup d'acteurs du secteur, ces efforts sont remis en cause par la circulaire sur le tarif plafond. "Les établissements à qui le gouvernement demande de restreindre leur budget ne sont même pas arrivés au taux d'encadrement prévu par le plan Solidarité grand âge ! regrette Didier Sapy, le directeur de la FNAQPA. Au lieu de tenter de combler le retard, le gouvernement demande aux moins pauvres de financer les plus pauvres."

Ces restrictions sont d'autant plus difficiles à accepter que la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie dispose, pour les personnes âgées, d'une enveloppe de plus de 500 millions d'euros qui n'a pas été consommée en 2008. "L'Etat vote des budgets mais par inertie administrative et, parfois, par mauvaise volonté, il s'arrange pour ne pas les dépenser, affirme Pascal Champvert, le président d'Avvec. Et l'année suivante, il nous les ressert sous la forme d'une reprise d'excédents !"

D'ici à 2050, le nombre de personnes âgées de plus de 75 ans devrait plus que doubler. Ce phénomène est lié à l'augmentation de l'espérance de vie, qui a franchi, en 2004, le seuil historique des 80 ans, mais aussi au baby-boom de l'après-guerre : les générations nombreuses nées au lendemain de la seconde guerre mondiale atteindront le grand âge en 2030. Les années 2030-2040 devraient ainsi correspondre, selon la mission d'information du Sénat sur le cinquième risque, à un "pic" dans le processus de vieillissement.

dimanche 22 février 2009

«Le vieillissement ruineux est un mythe» SUISSE

SANTÉ PUBLIQUE | Il est faux d’imaginer que l’augmentation de la population de personnes âgées est un facteur essentiel de l’accroissement des coûts de la santé. Professeur à l’Uni de Lausanne, Alberto Holly bat en brèche cette idée tenace, qui risque de conduire à l’erreur les décideurs politiques.

Vieillissement
Les personnes âgées ne sont pas les premières responsables de l’accroissement des dépenses de santé publique, mais bien les progrès techniques, dont bénéficie surtout la population entre 25 et 40 ans.

Le vieillissement de la population est l’une des causes les plus communément avancées pour expliquer l’accroissement des dépenses de santé publique. Le parallélisme des deux évolutions d’une part, et l’évidence selon laquelle la santé décline avec l’âge d’autre part, suffisent à forger cette certitude. Une enquête décapante vient de prouver que tout cela est inexact. De quoi infléchir un raisonnement d’autant plus insistant que, selon les projections de l’Office fédéral de la statistique, le pourcentage des personnes de 65 ans et plus sera de 20% en 2010, puis de 24,1% en 2040, pour se stabiliser ensuite.

«Le lien entre la démographie et les coûts de la santé est un mythe», lance Alberto Holly (Photo: IMHOF/UNIL), professeur d’économétrie à la Faculté des HEC de l’Université de Lausanne. Il observe que le raisonnement à la base de cette affirmation erronée confond la notion de corrélation avec celle de causalité. «Le vieillissement de la population est souvent confondu avec l’augmentation de la longévité. Il s’agit pourtant de phénomènes qui ne sont que partiellement liés.»

Bien sûr, les coûts de la santé augmentent avec l’âge. Mais le scientifique souligne qu’ils décroissent si l’on considère les
octogénaires. Et surtout: «Lorsqu’on examine le taux de croissance de l’ensemble des dépenses, on observe que, s’il est
globalement de 4%, l’effet du vieillissement ne compte que pour 0,1%.»

Plus précisément, il s’agit davantage d’un effet de génération plutôt que d’un effet d’âge. «Les plus de 60 ans d’aujourd’hui ont un rapport à la santé différent de celui de leurs prédécesseurs: ils se soignent plus et plus tôt, et sont plus exigeants. Ils consomment donc plus de soins, mais ils sont aussi en meilleure santé.» Les véritables raisons de l’explosion des coûts, donc des primes d’assurance, sont à chercher ailleurs.

«La clé de l’explication, c’est le progrès technique, constate le professeur d’économétrie. Ce progrès technique médical affecte absolument tout le monde. Et la courbe évolue même plus rapidement pour les personnes de 25 à 40 ans.» Une partie de ces progrès sont réalisés dans la prise en charge de la natalité et de la prénatalité et sont très coûteux. Et les enfants prématurés, par exemple, peuvent ensuite avoir des problèmes de santé multiples.

La question du financement n’en demeure pas moins aiguë. «Si l’âge de la retraite n’est pas modifié, la proportion de personnes actives par rapport aux retraités passera, en quarante ans, de quatre contre une à deux contre une à peu près», remarque le professeur Holly.

Pour ou contre le progrès technique? «Le problème, c’est de prendre conscience que parfois des dépenses sont exagérées et ne correspondent pas aux attentes. Il s’agit de généraliser l’analyse coût/bénéfice. On va de plus en plus dans cette direction. N’oublions pas que c’est le système de santé qui décide de l’acceptation de nouveaux produits, et non l’industrie.» Et de déplorer que dans les débats actuels on confonde souvent le problème du financement avec celui des réalités des dépenses de santé.

vendredi 30 janvier 2009

Les enjeux de la santé et de la protection sociale face à l’allongement de la vie


Le GIP santé et protection sociale internationale a organisé les 8 et 9 décembre derniers à Paris, dans le cadre de la Présidence française de l’Union européenne, une rencontre qui portait sur : « La santé et la protection sociale face à l’allongement de la vie et à la baisse de la natalité au niveau mondial : Quels enjeux, quelles réponses, quelle coopération européenne et internationale ? » En voici les principales conclusions.



Tout d’abord, un consensus s’est fait sur l’ampleur du vieillissement qui ne touche pas uniquement la France et les pays de l’UE mais également le reste du monde, en particulier les pays en développement. Il suffit de quelques dixièmes de plus ou de moins dans les taux de fécondité pour qu’à l’échelle d’une génération le paysage démographique d’un pays soit tout à fait différent.

Plus précisément, le vieillissement résulte d’abord d'un taux de fécondité ramené de six enfants par femme dans les années 50 dans les pays en voie de développement à 2,8 aujourd'hui (sur la même période, il a été ramené de 2,8 à 1,6 dans les pays développés).

A cela s’ajoute l’allongement de l’espérance de vie. Si le vieillissement est une tendance qui s'observe dans tous les pays du monde, c'est en Asie et en Amérique latine que le phénomène sera le plus accentué (les 60 ans et plus passeront en Europe de 21% de la population aujourd'hui à 35% en 2050 ; en Afrique de 5 à 10% ; en Asie et Amérique latine elle passera de 9% à 24%).

Quant à l'âge médian, qui se situe actuellement à moins de 20 ans en Afrique, entre 30 et 40 ans en Europe, en Amérique, en Chine et en Australie, il sera compris entre 40 et 50 ans dans tous les pays en 2050, sauf en Inde et en Afrique.

D'autres statistiques montrent encore que, d'ores et déjà, la majorité des personnes âgées vit dans les pays en voie de développement (363 millions en Asie et 52 millions en Europe) et que le ratio de dépendance (rapport des 60 ans et plus/15-59 ans) va se dégrader beaucoup plus vite dans les prochaines années dans les pays en voie de développement qu'en Europe.

Par ailleurs, l’analyse des problèmes posés par le vieillissement sur les systèmes de santé et de protection sociale, notamment dans les ateliers géographiques, a montré qu’il fallait tenir compte des particularismes et de l’histoire singulière de chaque société et chaque pays.

« Ainsi, les répercussions économiques et financières du vieillissement dépendront moins de son impact purement mécanique, sur lequel des incertitudes existent, que des choix collectifs qui seront opérés en matière de politique sociale » affirme le communiqué du GIP SPSI.

Et d’ajouter : « universel et inéluctable, ce vieillissement est susceptible d'influer sur les ressources de la protections sociale, d'induire une augmentation tendancielle des dépenses de retraite et de santé, d'être à l'origine de nouveaux besoins de prise en charge en matière de dépendance et d'avoir des incidences sur les politiques sociales en faveur de la famille et du logement ».

Dans les pays les moins développés, le chantier à bâtir est colossal car seule une minorité de la population bénéficie d’une couverture sociale et d’une pension de retraite. Le défi est d’autant plus grand que le vieillissement de la population y est très rapide.

Enfin, sur les recommandations quant aux choix à réaliser et aux politiques à mettre en oeuvre pour résoudre les problèmes posés par ce phénomène, les intervenants ont fait preuve d’un relatif optimisme et surtout de volontarisme : le vieillissement constitue un formidable progrès pour l’humanité.

Il résulte d’une meilleure prise en charge médicale, de meilleures conditions de vie et d’une alimentation plus saine. « Le vieillissement n’est pas une fatalité mais une incitation permanente à penser et repenser les systèmes de protection sociale » insiste le communiqué.

Plusieurs pistes de solutions ont été évoquées au cours de ce colloque : meilleure connaissance du vieillissement par le biais d’enquêtes, importance de la solidarité familiale, des solidarités collectives, anticipation de ce vieillissement dans les processus de décisions publiques, mise en oeuvre de politique de formation des personnels s’occupant des personnes âgées, etc.

Il n’existe pas de solutions clefs en main, il faut donc faire preuve de pragmatisme en mobilisant l’ensemble des politiques sociales et macro-économiques pour atteindre une efficacité maximale. Le bonus démographique, accroissement de la population active, dont bénéficient encore les pays en développement est une aubaine dont ils doivent profiter.

En guise de conclusion, les enseignements mutuels retirés de ces échanges laissent entrevoir quelques perspectives de coopération : de fait, la problématique du vieillissement constitue un axe nouveau de coopération sur des questions comme celles de la prise en charge des personnes âgées, de l’adaptation des financements des systèmes de retraite, ou bien encore des politique familiale, autant de domaines où l’Europe (la France en particulier) possède une expérience et une expertise reconnue.

Ce colloque va connaître une première suite opérationnelle en Chine, dans le cadre de la coopération entre la CNAV et le bureau de la sécurité sociale de la province du Jilin, sous l’égide du GIP SPSI, avec une mission en février 2009 à Changchun afin d’assurer la formation des enquêteurs en vue de réaliser la phase de terrain de la recherche sur les « personnes âgées de 50 ans et plus à Jilin », sur le modèle de l’enquête européenne SHARE, présentée lors de la première journée.

*Rappelons que le groupement d'intérêt public (GIP) santé et protection sociale internationale (SPSI) a vocation à fédérer, appuyer et faciliter le développement d'une offre française de coopération internationale dans le champ sanitaire et social.

jeudi 8 janvier 2009

Vieillir en bonne santé

Vieillir en bonne santé : de fortes disparités entre les pays européens

Par inserm 10-12-2008

Bien que l’espérance de vie soit en constante augmentation dans les pays de l’Union européenne, vivre plus longtemps n’est pas toujours synonyme de bien vieillir. Savoir jusqu’à quel âge une personne vit réellement en bonne santé reste une question à part entière. C’est pour y répondre que Jean-Marie Robine, directeur de recherche à l’Inserm a dirigé des travaux de recherche dans le cadre de l’observatoire européen des espérances de santé.

Les résultats de l’étude montrent que les hommes vivent en moyenne sans ennui de santé jusqu’à 67 ans et les femmes jusqu’à 69 ans. De fortes disparités persistent néanmoins entre les pays de l’Union européenne. Ces nouvelles données sont publiées dans la revue The Lancet datée du 17 novembre. En 2005, l’espérance de vie dans l’Union européenne était de 78 ans en moyenne chez les hommes et 83 ans chez les femmes. Pour autant, améliorer la qualité de vie des personnes vieillissantes est devenue un enjeu de santé publique majeur dans les pays industrialisés.

A partir d’un certain âge, les problèmes de santé deviennent plus nombreux : maladies chroniques, maladies cardiovasculaires, problèmes de démence, etc. S’il est vrai que l’espérance de vie s’améliore, la question des années supplémentaires réellement vécues en bonne santé reste posée. Pour y répondre, Jean-Marie Robine et ses collaborateurs ont utilisé un indicateur basé sur l’état de santé des hommes et des femmes âgées aujourd’hui de plus de 50 ans. Cet indicateur consiste à recueillir auprès des personnes interrogées, leurs difficultés ou non, depuis au moins six mois, à réaliser des activités de la vie quotidienne (aller travailler, cuisiner, se laver etc...) Les résultats de leurs travaux montrent qu’en Europe, les hommes vivent en moyenne sans ennui de santé jusqu’à 67 ans et 7 mois et les femmes jusqu’à 69 ans. Néanmoins de fortes disparités existent entre les différents pays. Pour les hommes, la plus faible moyenne a été observée en Estonie où cet âge est de 59 ans pour les hommes et de 61 ans pour les femmes. Au Danemark, en revanche cette moyenne s’élève à 73 ans pour les hommes et à 74 ans pour les femmes. La France est très proche de la moyenne européenne, avec des chiffres de 68 ans pour les hommes et 69 ans et 8 mois pour les femmes.

Ces résultats sont corrélés avec le produit intérieur brut (PIB) des différents pays et le niveau moyen des dépenses de santé engagées par les Etats pour les personnes âgées. De manière générale, un fort PIB et des dépenses de santé élevées sont associés à une meilleure santé des personnes après 50 ans. Chez les hommes seulement, de longues périodes de chômage (plus de 12 mois), de courtes études et un faible niveau d’éducation générale seraient également responsables d’une moins bonne santé en vieillissant. Les disparités observées sont d’autant plus fortes que l’on étudie séparément des autres, les 10 derniers pays à avoir intégré l’union européenne1. Dans la plupart de ces pays, l’âge de départ à la retraite est supérieur ou coïncide avec l’âge moyen auquel les personnes peuvent espérer vivre sans ennui de santé. Pour les chercheurs, « Sans amélioration de l’état de santé des personnes vieillissantes, augmenter l’âge de départ à la retraite sera difficilement réalisable pour certains pays de l’Union Européenne. » Nombres d’années vécues en bonne santé selon les pays. [Photo] [Photo] Si les résultats de l’étude montrent que les hommes vivent en moyenne sans ennui de santé jusqu’à 67 ans et les femmes jusqu’à 69 ans, de fortes disparités persistent